L'émancipation des femmes durant l'entre-deux guerre
 

 

Depuis toujours, en occident, la femme n'a jamais eu de vraie liberté. Elle passait du statut de fille sous la garde de son père à celle de femme sous celle de son mari. Jamais elle ne pouvait disposer personnellement de son argent. Il y eu des progrès puis des régressions dans sa liberté mais c'est réellement durant la première guerre mondiale que les plus grands changements ont eu lieu. Du jour au lendemain, alors que tous les hommes étaient mobilisés, elle ont du prendre en main leur vie et leurs nouvelles responsabilités, comme gérer le ménage seule.

 

Déjà avant la guerre un certain nombre de femmes travaillaient dans des usines, des ateliers ou des bureaux mais aucune n'avait de postes très importants. Ce qui change avec la guerre, c'est qu'il faut remplacer les milliers d'hommes partis, et que un très grand nombre de femmes vont se retrouver à confectionner des colis pour les soldats mais aussi dans les usines, o ?u elles sont majoritaire, d'armes (les munitionnettes), car le besoin d’armement est énorme, à donner des soins, à conduire les tramways, les métros ou des ambulances, à travailler dans les postes, les banques, l'administration ou le commerce. Les commercantes ont déjà l’habitudes de remplacer leur époux dans le magasin mais cette fois elles gèrent tous toute seule. Certaines se retrouvent même à la tête de grosses affaires, et cela tout en continuant de s’occuper des enfants et de s’inquieter pour les hommes au front. En devant prendre chaque instant des décisions importantes ou à devoir faire preuve d'autorité, elles se découvrent vraiment et prennent confiances en elles. Elles aussi travaillent dans des conditions pénibles, sont sous-payées et trop dociles. Mais elles ne vont pas hésiter, entre 1916 et 1917, à se mettre en grève pour obtenir des augmentations et des améliorations dans leur milieu de travail. C’est seulement après la guerre que les syndicats vont accepter de leur reconnaître tous leurs droits.

 

Dans les campagnes, la paysanne doit aussi faire face aux travaux de la ferme et s’occupe de faire les foins, laboure, sème, dirige tout. Cependant, après quatre ans de guerres, les hommes reviennent dans leur foyer. Déjà lorsqu’ils étaient au front, les échos des changements de mentalités des femmes par rapport au travail et à sa place dans la société et la famille leur parviennent à travers des articles de journaux de combattants. Ils souhaitent retrouver la « douceur féminine » après toutes les horreurs de la guerre et des tranchées, et craignent maintenant de toujours devoir affronter leurs épouses dans le monde du travail ou sur le plan politique. Pourtant, certaines femmes , et en grand nombre même, acceptent tout simplement de cesser leur travail et de retourner au foyer, que l’on leur demande de gré ou de force. D’ailleurs, le ministre de l’époque, Louis Loucheur, publie un avis le leur demandant. Ainsi, celles qui quitteront leur travail dans les trois semaines suivant la démobilisation recevront un mois de salaire pour compenser... Parfois les employeurs n’hésitent pas à licencier. La femme est hélas encore considérée comme une mineure juridique par le code civil et n’a aucun droit sur les biens du ménages ou même sur ses propores enfants.  Mais ce n'est pas pour autant qu'elles auront le même comportement vis à vis de l'homme. "Ils ont quitté des épouses, ils retrouvent des associées" ( guide de Paris, page 10 ), car la femme a pu prouver qu'elle était capable de gagner son salaire et d'en disposer comme elle l'entendait durant la guerre et d'être aussi chef de famille. Pourtant, beaucoup d'hommes sont humiliés par cette situation et la vie conjugale ne fut pas des plus faciles suite à ces grands changements.

 

Par la suite, avec le temps des nouvelles distractions, de la vie gaie et rapide et l’envie incroyable d’oublier les souffrances de la grande guerre, la femme changera aussi ses loisirs, son habillement, et sa place dans la vie de tous les jours. Elle ne veut plus d'enfants qui puissent l'empêcher de vivre sa vie et prend par rapport à l'homme une attitude plus indépendante, comme dans cette chanson populaire:

 

C'est elle qui ordonne

C'est elle qu'est patronne

C'est moi qu'elle fait marcher!

C'est elle qui commande

C'est elle qui marchande

et moi j'ai l'droit d'les lâcher.

C'est elle qui pilote

C'est elle qui capote

C'est moi qui vais su'l'gazon!

Quand je n'suis pas en smoking

Elle va toute seule au dancing

Il paraît que ça n'a rien de shoking

[...]

 

Avant la guerre, les différences, voulues, d'habillements entre des bourgeois et des gens du peuple ou des employés étaient faciles à reconnaître. Par la suite, les modes qui sont proposées dans la haute société s'étendent dans le reste de la population, car avec le nombre de femmes qui travaillent comme employées, dactylos et vendeuses, il s'agit de s'habiller soigneusement. Aussi, avec les inventions de tissus et de textiles moins cher, la mode est beaucoup plus accessible. Coco Chanel bouleverse ce monde de la mode en utilisant du jersey.

 

Pour la femme, les changements de modes vont traduire les changements dans sa vie. Elle commence à conduire, fait du sport, danse et sort le soir, va voir des spectacles fréquemment et bien sûr travaille. Parallèlement, l’homme démobilisé ne cherche plus une femme pour fonder une famille mais plutôt une compagne, d’où l’ambiguïté de la garçonne. Finis les corsets, oubliées les multiples couches de tissus lourds, la silhouette de la femme moderne est simplifié, libre et sobre. Le côté masculin de cette nouvelle mode est dans les lignes droites, les volants et les rubans en moins, la taille sur les hanches et les poitrines aplaties. La distinction entre les diffétents âges disparaît. Colette décrit la femme des années vingt ainsi : « ...vue de dos, elle a dix ou douze ans, comme beaucoup de femmes d’aujourd’hui. De face elle semble un peu fatiguée de jouer si longtemps à la petite fille « . En plus, son corps s’affermit par la pratique du sport. Que ce soit en simple robe droite ou en pantalon, le noir est porté quelle que soit l’heure de la journée ou l’occasion, et le chapeau “ cloche ”, si bas sur les yeux, empêche presque que l’on puisse identifier celle qui le porte. Lors des soirées, elle cache ses cheveux sous des rubans, à part un accroche-cœur, laisse apparentes ses oreilles ornées de longues boucles, porte de grands colliers de perles vraies ou fausses, brille.  Malgrès les interdictions des mères de familles encore très sévères ou de certains maris, la femme se maquille de plus en plus, fume, avec parfois un long fume-cigarette, boit diverses liqueurs ou cocktails, mais surtout, ce qui choque énormement à l’époque et en plus lui aggrave la voix, sort seule ou avec des hommes dans des cafés et des boîtes de nuit, se coupe les cheveux .

 

C’est vers 1921 que la mode des cheveux courts apparaît clairement. Avant, une longue chevelure tressée ou montée en chignon, était considérée comme le symbole de la féminité. En se coupant les cheveux, la femme perd de son mystère...  D’abord, pour habituer les parents à la nouvelle coiffure, les jeunes filles portent pour les soirées de courtes perruques de soie ou faites de fils d’or ou d’argent en formes de cheveux coupés. Bientôt leurs mères les imitent, et finalement, vers 1923, une femme sur trois a réellement les cheveux courts.  La coupe des cheveux, les permanentes et l’utilisation de teintures amènent au développement des salons de coiffures féminins qui étaient jusque là très rares et reservés à une clientèle plutôt aisée. La demande de produits cosmétiques et les progrès de la chimie conduisent à la création d’une nouvelle industrie. Le maquillage devient populaire alors qu’avant il était reservé aux actrices ou était mal jugé par la bourgeoisie bien pensante. Les visages sont rendu pâles et mats par les diverses poudres de riz, les yeux noircis et les lèvres rouge sang. Tous ces produits deviennent les accessoires indispensables, comme l’éventail ou le sac à main, de la femme. Les magazines et les murs des villes sont envahi par des affiches vantant les marques de produits cosmétiques. Et bien sûr, la femme ose dorénavant  montrer ses jambes. Les couturiers, sous prétexte d’économiser le tissu, arrêtent les robes et les jupes au dessous des genoux. Cette nouvelle coupe permet aussi aux jeunes femmes de s’essayer aux nouvelles danses venant d’Amérique, comme le charleston.

 

La femme libère son corps dans son habillement, grâce au sport, alors pourquoi pas aussi lors des sorties à la mer ? Les maillots de bains deviennent aussi des sources d’inspirations pour les stylistes et les défilés de maillots sont courant. Les plus aisées se promènent dans des modèles audacieux, et bronzent des heures durant, mais le port du maillot n’est pas admis dans tous les pays. Ainsi, aux USA, dans certains états dont celui de Chicago, les jeunes femmes qui sont vues habillées de cette tenue sont arrêtées.

 

Les changements semblent spéctaculaires, pourtant tout amène au même but, la simplification. Cette nouvelle mode est simple dans les coupes, tend à l’uniformité sociale et simplifie la vie de la femme moderne.

 

Parallélement, dans d’autres pays, comme les pays scandinaves, les Etats-Unis,  La Grande-Bretagne, le Danemark et la Nouvelle-Zélande, le droit de vote est accordé aux femmes, et ce dès 1920.  En France, la Chambre des députés vote un projet allant dans ce sens mais le Sénat ne le ratifie pas. En 1922, Maurice Barrès propose que les veuves de geurre puissent voter pour remplacer la voix du mari disparu mais ceci est repoussé par la Chambre. Toutes les organisations féministes et leurs revendications ne sont pas écoutées et il faudra attendre une deuxième guerre, la  seconde guerre mondiale, pour que le général de Gaulle accorde ce droit de vote à toutes les femmes sans discrimination en 1944.

 Chicago: les femmes en maillots de bain sont emmenées par la police

Les lois sont dures envers les femmes. Comme la population a diminué à cause de tous les morts et que le taux de natalité baisse, que ce soit à cause des hommes manquant ou de la femme, l’avortement est considéré comme un crime en 1920 et la propagande anticonceptionnelle interdite. La femme se voit moins libre de disposer de son corps comme elle l’entend.  Pourtant les avortements clandestins sont assez nombreux. Une autre image courrante de la femme après cette guerre est celle de la veuve, âgée ou jeune car mariée juste avant la guerre, qui ne peuvent refaire leur vie et qui souvent s’occupent seules d’un ou plusieurs enfants. Elles reçoivent une petite aide de la part de l’Etat mais ont le devoir de fidélité envers le défunt et mènent une vie de sacrifice et solitaire. Vers la fin des années vingt, le statut de la femme va à nouveau régresser, surtout en Europe, où le modèle traditionnel de la femme n’a pas complétement disparu. L’absence d’organisations féminines et la crise de 1929 vont être les raisons de cette régression. Seules quelques privilégiées auront gardé leur libérté.

 

 

Ce sont les anglaises qui sont parmis les plus avancées conceranant leurs droits. En 1918, les femmes peuvent voter si elles ont plus de trente ans et dès dix-huit ans en 1926. L’égalité des sexes en cas de divorce leur est accordé en 1924. La première clinique où sont données des conseils sur la contraception est ouverte par le médecin Maria Stopes. Les féministes luttent dur contre la pénalisation de l’avortement. Malgré tous, elles ont de la peine à se faire une place dans le monde politique même si elle sont plus nombreuses dans les syndicats. Une section féminine se bat pour imposer l’école obligatoire jusqu'à seize ans mais jamais n’atteignent des postes à hautes résponsabilités à part Margaret Bondfiel qui devint en 1924 la première femme ministre.  

 

 
A droite, la femme du peintre Peter Abelen.  

 

Quelques dates sur l’accord au droit de vote aux femmes dans différents pays :

 

1869 - Wyoming (USA)

1893 - Colorado (USA), Nouvelle-Zélande

1894 - Australie méridionale

1895 - Utah (USA)

1896 - Idaho (USA)

1899 - Australie occidentale

1903 - Tasmanie

1906 - Finlande ( à l’époque la Finlande était incluse dans l’empire russe mais elle                   

           avait un statut pariculier )

1913 - Norvège

1914 - Onze autres Etats des USA

1915 - Danemark

1917 - Russie

1918 - Pologne, Canada, Grande-Bretagne (dès 30 ans)

1919 - Islande, Allemagne, Pays-Bas

1920 - Autriche, USA (19e amendement)

1921 - Tchécoslovaquie, Suéde

1925 - Hongrie

1928 - Grande-Bretagne (dès 21 ans)

1930 - Afrique du Sud

1931 - Espagne, Portugal, Brésil

1934 - Turquie

1935 - Roumanie

1944 - France (premier vote en mars 1945 aux élections municipales)

1945 - Italie

1947 - Japon

1948 - Belgique

1952 - Grèce

1971 - Suisse (le dernier canton récalctrant, Appenzell Rhodes-Intérieures, a été

obligé d’accorder ce droit par un jugement du Tribunal fédéral suisse, en 1990)

 Démonstration d'auto-défense en Angleterre

Quelques femmes célèbres durant l’après-guerre :

 

-Coco Chanel est la créatrice de mode qui changea radicalement la silouhette de la femme. Elle débarrassa les robes des fanfreluches, apprit aux femmes la sobriété et lança le noir, qui était jusque lors résérvé au deuil. La légende dit que c’est elle qui lança la mode des cheveux courts. Son célèbre tailleur devint comme l’uniforme de la femme moderne qui avait besoin de vêtements faciles à porter. Elle était une femme d’affaire, de tête et de talent reconnue.

- Joséphine Baker est une danseuse d’origine américaine arrivée à Paris en 1925. Elle fut la vedette de la Revue Nègre du théâtre des Champs-Elysées . Son charme exotique lui offrit une renommée internationnale.

- Elle était une de ces jeune femme émancipée de la société parisienne, puis Gabrielle Colette épousa Henry Gauthier-Villars, écrivain. Il exploita les talents d’écrivain de sa femme, jusqu'à leur divorce. Là elle vécu la période de sa vie la plus dure mais aussi la plus scandaleuse. Dans ses romans, elle dénoncent la misère des femmes en tournées, mais toujours sous le nom de Colette Willy. Ce n’est qu’en 1923, à l’âge de cinquante ans, qu’elle signe de son nom, Colette. Lorsqu’elle meurt, elle est la première femme à avoir des obsèques nationales.

 Joséphine Baker